"Les expressions de nos grands-mères" - 8
""Il est allé chez le merlan""
"Il est allé chez le coiffeur."
Mais pourquoi traite-t-on ces pauvres coiffeurs de merlans ? Tout simplement parce que, au XVIIIe siècle, les perruquiers qui poudraient les coiffures de talc se retrouvaient souvent couverts de cette substance blanche. Ils avaient alors l'apparence des poissons qu'on saupoudre de farine pour les faire frire. Pierre Desproges, qui disait haïr les coiffeurs, en a fait un sketch, Haute Coiffure*, au cours duquel il expliquait : "J'ai horreur qu'un Brummel de bal disco me gerbe dans le cou le crachin postillonnant des réflexions de philosophie banlieusarde que lui inspirent sporadiquement la hausse du dollar, l'anus artificiel du pape, l'inappétence sexuelle de la petite Grimaldi depuis la mort de sa mère en bagnole, l'agonie de Saint-Etienne, le courage des Polonais, le déclin de l'Occident, le fibrome de sa femme - pas de la femme de l'Occident, de sa femme à lui, le super merlan néoromantique de mes deux ! -, la montée de la violence dans les quartiers cosmopolites, et puis, bien sûr, l'indiscipline problèmatique de la raie de mon quoi ? de la raie de mon crâne."
*Textes de scène, Pierre Desproges, editions du Seuil, 1988.
""J'ai mangé à m'en faire péter la sous-ventrière""
"J'ai beaucoup trop mangé, je n'en peux plus."
La sous-ventrière était une courroie qui, passée sous le ventre du cheval, reliait les deux bras d'une charrette. Elle permettait d'atteler la voiture en la stabilisant pour qu'elle ne bascule pas. Dans le langage populaire, elle a ensuite désigné la ceinture. La ceinture qui pète parce qu'on a trop mangé, c'est un peu comme le bouton du pantalon qui saute sous la pression du ventre plein. De nos jours, on dira plutôt Je vais exploser, avec la même idée de violence.